Qu'est-ce que le DUERP ? Obligations, contenu et sanctions (Guide 2026)
Vous venez d'embaucher votre premier salarié. Vous dirigez une TPE depuis plusieurs années. Vous êtes responsable RH dans une PME. Dans tous ces cas, une obligation vous concerne directement — et elle s'applique depuis le premier jour d'embauche, quelle que soit la taille de votre structure : le DUERP.
En 2024, une étude de la DARES révélait que moins de la moitié des entreprises françaises avaient un DUERP à jour. En 2026, les sanctions ont été considérablement durcies. Ce guide vous donne tous les éléments pour comprendre ce qu'est réellement ce document, ce qu'il doit contenir, et ce que vous risquez si vous ne l'avez pas.
1. Définition : qu'est-ce que le DUERP exactement ?
Le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels — DUERP, anciennement appelé DU, DUER ou « document unique de sécurité » — est le document dans lequel l'employeur consigne les résultats de l'évaluation de tous les risques auxquels sont exposés ses salariés.
Il recense l'ensemble des risques professionnels auxquels sont exposés les travailleurs, en tenant compte de la fréquence et du type d'exposition à chaque situation dangereuse, et constitue le point de départ de toute démarche de prévention, en application du Code du travail (articles L. 4121-1 et suivants).Ce n'est pas un simple formulaire à remplir une fois. C'est à la fois :
- Un outil de pilotage : il structure la démarche de prévention de l'entreprise
- Une pièce juridique : il est opposable en cas de contrôle, d'accident du travail ou de contentieux
- Un document vivant : il doit évoluer avec l'entreprise, ses effectifs, ses équipements et ses risques
À savoir : depuis le décret du 18 mars 2022, la dénomination officielle est « Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) ». Si vos documents internes comportent encore l'une des anciennes dénominations, il est recommandé de les actualiser — un détail que l'inspection du travail peut relever lors d'un contrôle.
2. Qui est concerné ? Toutes les entreprises sans exception
Le DUERP s'impose dès qu'un employeur emploie au moins un salarié, quels que soient le secteur d'activité ou le statut juridique. Aucun seuil d'effectif n'en dispense : l'article R. 4121-1 du Code du travail impose à tout employeur de transcrire dans un document unique les résultats de l'évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs.Concrètement, sont concernés :
- Les entreprises du secteur privé (TPE, PME, ETI, grandes entreprises)
- Les associations employeurs
- Les entreprises artisanales et commerciales
- Les exploitations agricoles
- Les professions libérales employant du personnel
- Les employeurs publics (avec leurs propres modalités)
Les seuils d'effectif ne dispensent pas de l'obligation — ils en modulent les modalités. Nous y revenons en détail dans la section sur le contenu.
3. Base légale : les textes qui fondent cette obligation
L'obligation du DUERP repose sur un socle réglementaire solide, renforcé au fil des années :
| Texte | Date | Apport |
|---|---|---|
| Décret n° 2001-1016 | 5 novembre 2001 | Création du document unique |
| Articles L. 4121-1 et suivants | Code du travail | Obligation générale de sécurité de l'employeur |
| Articles R. 4121-1 à R. 4121-4 | Code du travail | Modalités d'élaboration, de mise à jour et d'accès |
| Loi n° 2021-1018 | 2 août 2021 | Réforme majeure : conservation 40 ans, accès élargi, valeur législative |
| Décret n° 2022-395 | 18 mars 2022 | Modalités d'application de la loi 2021 |
| Loi du 11 mai 2026 | 11 mai 2026 | Durcissement majeur des sanctions |
💡 Lien interne : DUERP et loi Santé au travail 2021 : ce qui a changé pour votre entreprise
4. Contenu obligatoire : que doit comporter votre DUERP ?
Le Code du travail n'impose aucun formalisme particulier : pas de modèle officiel, pas de logiciel imposé, pas de signature obligatoire. En pratique, un DUERP efficace gagne à être daté, versionné, structuré par unité de travail et accompagné d'un plan d'actions traçable. Ce ne sont pas des obligations légales strictes, mais ce sont les éléments que l'inspection du travail et les juridictions examinent en premier lieu.4.1 La page d'identification
Toute version du DUERP doit comporter en en-tête :
- Raison sociale de l'entreprise
- Adresse complète du ou des établissements couverts
- Numéro SIRET
- Code APE/NAF (détermine les risques sectoriels de référence)
- Effectif au moment de l'élaboration
- Date d'élaboration et numéro de version
- Nom du rédacteur ou du responsable
4.2 La section méthodologie
Cette section, souvent oubliée dans les documents maison, décrit la méthode utilisée pour identifier et coter les risques. Elle doit mentionner :
- La méthode de cotation retenue (grille fréquence × gravité, cotation OiRA, méthode INRS…)
- Les sources d'information consultées (résultats des visites médicales, registre des accidents, retours salariés, référentiels INRS)
- Les acteurs ayant participé à l'évaluation (CSE, SPST, salariés désignés…)
💡 Ressource externe : INRS — Guide ED 840 : les familles de risques professionnels
4.3 L'inventaire des risques par unité de travail
C'est le cœur du document. Le DUERP s'organise autour de l'analyse unité par unité, en regroupant les salariés exposés à des risques homogènes (par poste, service, lieu de travail ou situation particulière).
Pour chaque unité de travail, le document doit comporter :
a) Identification du danger Description précise de la situation dangereuse : machine, produit chimique, organisation du travail, ambiance physique, risque psychosocial…
b) Évaluation du risque Cotation selon deux critères au minimum : fréquence d'exposition et gravité potentielle. Le produit des deux donne un niveau de criticité qui permet de hiérarchiser les actions.
c) Mesures de prévention existantes Liste des mesures déjà en place pour réduire ou supprimer le risque. Cette colonne est cruciale : sans elle, l'employeur ne peut pas démontrer qu'il avait déjà agi avant un éventuel accident.
d) Mesures correctives à mettre en œuvre Actions restant à engager, avec un délai de réalisation et un responsable nommé.
4.4 Les catégories de risques à couvrir
Le DUERP vise à protéger la santé des collaborateurs en définissant des actions de prévention ciblées. Il couvre les risques techniques (machines, produits chimiques), organisationnels (rythme de travail, manque de pauses) ou psychosociaux (stress, harcèlement).Depuis la loi de 2021 et le décret de 2025, les catégories obligatoires incluent notamment :
- Risques physiques : chutes, manutention manuelle, bruit, vibrations, températures extrêmes
- Risques chimiques : produits dangereux, poussières, fumées, poly-expositions
- Risques biologiques : agents infectieux, moisissures, légionelles
- Risques électriques et incendie
- Troubles musculo-squelettiques (TMS) : première cause de maladie professionnelle en France (87 % des maladies pro reconnues)
- Risques psychosociaux (RPS) : stress, burn-out, harcèlement, charge mentale — obligatoires depuis 2021
- Risques liés à la chaleur : obligation renforcée par l'arrêté du 27 mai 2025
- Risques liés au télétravail : isolement, ergonomie, TMS domicile — intégrés depuis 2025
- Risque routier : obligatoire dès qu'un salarié conduit dans le cadre de son activité
4.5 Le plan d'actions (selon l'effectif)
Entreprises de moins de 50 salariés : La liste des actions de prévention et de protection est consignée directement dans le DUERP. Elle est présentée aux représentants du personnel s'il en existe.
Entreprises de 50 salariés et plus : Un PAPRIPACT (Programme Annuel de Prévention des Risques Professionnels et d'Amélioration des Conditions de Travail) doit être élaboré. Il doit comporter :
- La liste détaillée des mesures à prendre dans l'année
- Les conditions d'exécution (responsable, échéances, moyens financiers)
- Les indicateurs de résultat
- Un calendrier de mise en œuvre
- Le PAPRIPACT est soumis à l'avis obligatoire du CSE
5. Qui élabore le DUERP ?
L'employeur est le premier responsable de l'élaboration, de la mise à jour et de la consultation du CSE. Sa négligence l'expose à des sanctions.En pratique, l'élaboration peut impliquer plusieurs acteurs :
- L'employeur : responsable final, signataire du document
- Le CSE : consulté obligatoirement, apporte une vision terrain indispensable
- Le SPST (service de prévention et de santé au travail) : peut participer techniquement, notamment pour les risques chimiques et biologiques
- Les salariés : leurs retours quotidiens enrichissent l'analyse des risques réels
- Un IPRP ou consultant externe : pour les entreprises sans compétence interne
Attention : déléguer l'élaboration à un consultant ne décharge pas l'employeur de sa responsabilité juridique. Il reste responsable du contenu et de l'exactitude du document.
6. Quand mettre à jour le DUERP ?
Mise à jour périodique
Les seuils d'effectif jouent sur les modalités de mise à jour : la mise à jour au moins annuelle est obligatoire à partir de 11 salariés. Les entreprises de moins de 11 salariés ne sont plus soumises à l'obligation de mise à jour annuelle systématique depuis le décret du 18 mars 2022.Mise à jour déclenchée par un événement
Pour toutes les entreprises, quel que soit leur effectif, la mise à jour est obligatoire dans trois situations :
- Décision d'aménagement important modifiant les conditions de travail (nouveau matériel, réorganisation, déménagement, nouveau procédé de fabrication)
- Information nouvelle intéressant l'évaluation d'un risque (résultat d'une mesure d'exposition, alerte réglementaire sur un produit, nouveau retour d'accident)
- Accident du travail ou incident grave survenu dans l'entreprise
⚠️ Point critique : mettre à jour le document global sans réviser les unités concernées constitue une non-conformité. En cas d'accident, l'inspection du travail vérifie la date de mise à jour de l'unité concernée, pas celle du document entier.
7. Conservation et accès : les obligations depuis 2022
Conservation 40 ans
Depuis la loi du 2 août 2021 (Art. L. 4121-3-1 du Code du travail), toutes les versions successives du DUERP doivent être conservées pendant 40 ans minimum à compter de leur élaboration.
Cette durée correspond au délai de latence de certaines maladies professionnelles graves : cancer lié à l'amiante, pathologies respiratoires liées aux poussières, maladies dues aux solvants chimiques. Un salarié exposé aujourd'hui peut déclarer une maladie professionnelle dans 20 ou 30 ans — le DUERP doit pouvoir prouver que l'employeur avait ou non identifié ce risque.
Accès garanti à plusieurs acteurs
Le DUERP n'est pas un document confidentiel. Plusieurs catégories d'acteurs y ont accès de plein droit selon l'article R. 4121-4 du Code du travail : les travailleurs concernés et anciens travailleurs pour les versions archivées les concernant, les membres du CSE, le médecin du travail et l'équipe pluridisciplinaire du SPST. Un avis affiché dans les locaux indique les modalités de consultation.Affichage obligatoire
L'employeur doit apposer un avis d'affichage obligatoire sur le lieu de travail, précisant où le document peut être consulté, à côté du règlement intérieur ou sur l'intranet. Ce point est systématiquement vérifié lors des contrôles de l'inspection du travail, et son absence suffit à déclencher une mise en demeure.Dépôt dématérialisé
La loi de 2021 prévoyait un dépôt sur un portail numérique national. Le portail n'a jamais été déployé, faute de décret d'application, et le projet est suspendu depuis un rapport critique de l'IGAS de mai 2023. Dans l'attente, l'employeur conserve le document dans l'entreprise, au format papier ou dématérialisé.
8. Les sanctions en 2026 : un durcissement majeur
Sanctions historiques (jusqu'au 10 mai 2026)
| Infraction | Sanction |
|---|---|
| Absence de DUERP | Amende 5e classe : 1 500 € par unité de travail (individu) / 7 500 € (société) |
| Récidive | Amende doublée : 3 000 € / 15 000 € |
| Obstruction accès CSE | Délit d'entrave : 1 an emprisonnement + 3 750 € |
| Accident mortel sans prévention | Poursuites pénales, faute inexcusable |
| Majoration cotisations AT/MP | Décision CARSAT si taux d'accidents élevé |
Nouveau régime de sanctions depuis la loi du 11 mai 2026
La loi du 11 mai 2026 a radicalement durci les sanctions : l'amende peut désormais atteindre 4 000 € par salarié (8 000 € en récidive), prononcée directement par l'inspection du travail sans passer par un juge.Ce changement est fondamental : auparavant, les amendes nécessitaient une procédure judiciaire. Désormais, l'inspecteur peut prononcer lui-même la sanction administrative. Pour une entreprise de 20 salariés sans DUERP, l'exposition financière peut atteindre 80 000 €.
La faute inexcusable : la sanction la plus lourde
Au-delà des amendes, le risque le plus grave pour un dirigeant est la faute inexcusable en cas d'accident du travail. Si l'employeur ne peut pas démontrer qu'il avait identifié le risque à l'origine de l'accident — ce que prouve ou réfute le DUERP — les conséquences financières d'une action en faute inexcusable dépassent largement le coût d'une mise en conformité :
- Majoration de la rente accident du travail versée au salarié
- Remboursement de cette majoration par l'employeur à la CPAM
- Dommages et intérêts pour préjudices non couverts
- Mise en cause de la responsabilité pénale personnelle du dirigeant
L'employeur doit également démontrer l'effectivité et l'efficacité des mesures de protection mises en place (Cass. 2e Civ., 8 octobre 2020, n° 18-26.677). Un DUERP absent ou incomplet ne suffit pas à prouver cette effectivité.
9. Les 9 principes généraux de prévention à respecter
Le DUERP doit s'inscrire dans le respect des 9 principes généraux de prévention définis à l'article L. 4121-2 du Code du travail, dans cet ordre de priorité :
- Éviter les risques — supprimer le danger à la source
- Évaluer les risques qui ne peuvent être évités
- Combattre les risques à la source
- Adapter le travail à l'homme — ergonomie, conception des postes
- Tenir compte de l'évolution de la technique
- Remplacer ce qui est dangereux par ce qui l'est moins
- Planifier la prévention — organisation, conditions de travail, relations sociales
- Prendre des mesures de protection collective en priorité sur les EPI
- Donner des instructions appropriées aux travailleurs
Le plan d'actions de votre DUERP doit refléter cette hiérarchie : supprimer le risque avant de le protéger, protéger collectivement avant de distribuer des équipements individuels.
10. Par où commencer ? La méthode en 5 étapes
Étape 1 — Préparer Constituez un groupe de travail (même restreint pour une TPE) : vous, un salarié de terrain, le médecin du travail si possible. Définissez vos unités de travail.
Étape 2 — Identifier Pour chaque unité, listez tous les dangers présents : équipements, produits, organisation, ambiance physique, relations de travail. Visitez les postes, interrogez les salariés.
Étape 3 — Évaluer Cotez chaque risque selon la fréquence d'exposition et la gravité potentielle. Hiérarchisez du plus critique au moins critique.
Étape 4 — Planifier Pour chaque risque coté, définissez une action : suppression, réduction, protection collective, EPI, formation. Assignez un responsable et un délai.
Étape 5 — Mettre à jour et tracer Conservez chaque version. Transmettez au SPST. Affichez les modalités d'accès. Révisez à chaque événement déclencheur.
💡 Lien interne : Comment rédiger un DUERP conforme en autonomie ?
Questions fréquentes
Le DUERP est-il obligatoire pour les auto-entrepreneurs ? Un auto-entrepreneur sans salarié n'est pas soumis à l'obligation de DUERP. Dès l'embauche du premier salarié, l'obligation s'applique immédiatement.
Faut-il un DUERP par établissement ? Oui. Si vous avez plusieurs établissements (sites, agences, points de vente), chaque établissement doit disposer de son propre DUERP, car les risques diffèrent selon les lieux.
Le DUERP peut-il être au format Excel ou Word ? Oui. Aucun support n'est imposé. En pratique, un format numérique facilite la mise à jour, la conservation des versions et la transmission au SPST.
Un DUERP trouvé sur internet est-il valable ? Non. Un modèle générique non adapté à votre activité réelle n'a aucune valeur probatoire. L'inspection du travail peut le considérer comme absent si son contenu ne correspond pas à la réalité de votre entreprise.
Liens utiles
Sources réglementaires :
- Légifrance — Articles L. 4121-1 et suivants du Code du travail
- Légifrance — Articles R. 4121-1 à R. 4121-4
- Loi n° 2021-1018 du 2 août 2021
- Décret n° 2022-395 du 18 mars 2022
Ressources pratiques :
- INRS — Évaluation des risques professionnels
- Service-public.fr — Fiche DUERP employeur
- Ameli.fr — Prévention des risques professionnels
- OiRA — Outil interactif d'évaluation des risques par secteur
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Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. En cas de doute sur votre situation, consultez un avocat spécialisé en droit du travail ou votre service de prévention et de santé au travail (SPST).
Mis à jour le 8 juillet 2026 — Sources : Légifrance, INRS, DARES, Loi n° 2021-1018 du 2 août 2021, Décret n° 2022-395 du 18 mars 2022, Loi du 11 mai 2026.

