Comment intégrer les risques psychosociaux dans son DUERP ? (Guide 2026)
6 salariés sur 10 ont été confrontés à des situations de risques psychosociaux en 2025. Pourtant, les RPS restent la catégorie de risques la plus souvent absente des DUERP de PME. Non par mauvaise volonté, mais parce qu'ils sont plus difficiles à observer qu'une machine dangereuse ou un sol glissant.
Depuis la loi n° 2021-1018 du 2 août 2021, leur intégration dans le DUERP n'est plus optionnelle. L'inspection du travail les vérifie systématiquement lors des contrôles 2026. Ce guide vous explique ce que sont les RPS, comment les identifier dans votre entreprise et comment les intégrer concrètement dans votre DUERP.
Qu'est-ce qu'un risque psychosocial ?
Les risques psychosociaux (RPS) désignent les risques professionnels qui affectent la santé mentale, émotionnelle et physique des salariés, à l'interface entre l'individu et son environnement de travail.
Les RPS ne sont pas un risque comme les autres dans leur traitement, mais ils le sont dans leur statut juridique : ils doivent être recensés, évalués et hiérarchisés au sein du DUERP.Ils se regroupent en six grandes familles de facteurs, issues du rapport Gollac (2011) — toujours la référence en 2026 :
1. Intensité et complexité du travail Surcharge de travail, délais impossibles, objectifs irréalistes, interruptions fréquentes, polyvalence excessive.
2. Exigences émotionnelles Contact avec la souffrance (soins, aide sociale), gestion des conflits clients, nécessité de masquer ses émotions, confrontation à des situations traumatisantes.
3. Manque d'autonomie Absence de marges de manœuvre, travail très prescrit, faible participation aux décisions, monotonie.
4. Rapports sociaux et relations au travail Tensions entre collègues, management défaillant, harcèlement moral ou sexuel, manque de reconnaissance, isolement.
5. Conflits de valeurs Contradiction entre les valeurs personnelles et les pratiques demandées, sentiment de faire un travail inutile ou de mauvaise qualité, conflits éthiques.
6. Insécurité de la situation de travail Peur du licenciement, restructurations, incertitude sur l'avenir du poste, changements fréquents non anticipés.
💡 Ressource externe : INRS — Dossier risques psychosociaux : repères pour une démarche de prévention
Pourquoi c'est obligatoire depuis 2021
Avant la loi n° 2021-1018 du 2 août 2021, les RPS devaient déjà figurer dans le DUERP — la jurisprudence l'imposait depuis plusieurs arrêts de la Cour de cassation. La loi de 2021 a renforcé cette obligation en précisant que l'organisation du travail doit explicitement faire l'objet d'une évaluation des risques (Art. L. 4121-3 du Code du travail, modifié).
En 2026, le décret n° 2025-482 a renforcé encore davantage les exigences : les risques psychosociaux — stress, burn-out, harcèlement, charge mentale — font partie des nouvelles catégories de risques dont l'intégration dans le DUERP est désormais expressément imposée.
Conséquence pratique : un DUERP qui ne mentionne pas les RPS est considéré comme incomplet par l'inspection du travail, quel que soit son niveau de détail sur les autres risques. Depuis le 27 juin 2026, cette non-conformité peut entraîner une amende administrative directe.
Les 4 étapes pour intégrer les RPS dans votre DUERP
Étape 1 — Préparer la démarche
L'évaluation des RPS ne se fait pas seul derrière un bureau. Elle nécessite un minimum de concertation :
- Engagez la direction : l'évaluation des RPS ne peut être crédible que si elle est portée par la direction, pas déléguée à un salarié isolé
- Associez le CSE s'il en existe un — son avis est obligatoire pour les entreprises de plus de 11 salariés
- Informez les salariés du lancement de la démarche pour recueillir leur confiance et leurs retours
Pour les entreprises de moins de 50 salariés, une démarche simplifiée est possible — voir étape 2.
Étape 2 — Identifier les RPS par unité de travail
Pour chaque unité de travail, posez-vous les questions suivantes. Les réponses constituent la base de votre évaluation.
Questions sur la charge de travail :
- Les salariés terminent-ils régulièrement leur travail dans le temps imparti ?
- Doivent-ils travailler dans l'urgence, avec des délais très courts ?
- Sont-ils souvent interrompus dans leur travail ?
Questions sur les relations :
- Les relations entre collègues sont-elles globalement sereines ?
- Les managers communiquent-ils clairement les objectifs et les retours ?
- Des situations de tension récurrente ont-elles été signalées ?
Questions sur l'autonomie :
- Les salariés ont-ils les moyens de faire correctement leur travail ?
- Peuvent-ils organiser leur travail à leur façon, dans certaines limites ?
Questions sur la sécurité :
- Les salariés ont-ils des inquiétudes sur l'avenir de leur poste ?
- Des changements organisationnels importants sont-ils en cours ou prévus ?
À noter : les signaux d'alerte à surveiller incluent l'absentéisme répété, le turn-over élevé, les arrêts maladie de courte durée fréquents, les conflits internes récurrents. En 2024, 11 % des arrêts maladie étaient directement associés aux RPS.
Étape 3 — Coter et documenter les RPS
Comme pour les autres risques, chaque RPS identifié doit être coté selon la fréquence d'exposition et la gravité potentielle.
Pour chaque risque identifié, le DUERP précise les mesures de prévention. Distinguez celles déjà en place (qui réduisent partiellement le risque) et celles à déployer (qui visent à le supprimer ou le réduire davantage).Exemple de documentation dans le DUERP :
| Unité de travail | Risque identifié | Fréquence | Gravité | Criticité |
|---|---|---|---|---|
| Service comptabilité (8 personnes) | Surcharge en période de clôture | Fréquente | Sérieuse | 6 |
| Accueil clientèle | Incivilités et agressions verbales | Occasionnelle | Sérieuse | 4 |
| Unité | Mesures existantes | Action | Responsable | Échéance |
|---|---|---|---|---|
| Service comptabilité | Formation aux outils de gestion | Recruter un comptable supplémentaire | DRH | 30/09/2026 |
| Accueil clientèle | Procédure de signalement | Former les 3 agents à la gestion des conflits | Resp. salle | 30/10/2026 |
Étape 4 — Construire le plan d'actions RPS
Les actions de prévention des RPS suivent la même hiérarchie que les autres risques :
1. Supprimer le risque (priorité absolue) : réorganiser le travail pour éliminer la surcharge structurelle, clarifier les rôles et les périmètres de responsabilité, mettre fin à une pratique managériale qui génère du stress.
2. Réduire le risque à la source : aménager les horaires, ajuster les objectifs, renforcer les effectifs sur les périodes critiques.
3. Protéger collectivement : mettre en place des espaces de parole (réunions d'équipe régulières, temps d'échange informels), former les managers à la détection des signaux de détresse.
4. Protéger individuellement : proposer un accès à un dispositif d'écoute psychologique (certains SPST proposent ce service), former les salariés exposés aux incivilités.
⚠️ Erreur fréquente : proposer uniquement des formations "gestion du stress" ou "sophrologie" comme réponse aux RPS. Ces mesures individuelles ne s'attaquent pas aux causes organisationnelles. L'inspection du travail peut les considérer comme insuffisantes si elles ne sont pas accompagnées de mesures structurelles.
Ce que les PME oublient le plus souvent
Le télétravail. Depuis le décret n° 2025-482, les risques liés au télétravail (isolement, hyperconnexion, TMS à domicile, perte du collectif) doivent être évalués comme des RPS dans le DUERP. Si certains de vos salariés travaillent régulièrement hors des locaux, une unité de travail dédiée est nécessaire.
Le management de proximité. Les comportements managériaux sont la première source de RPS dans les PME. Une évaluation honnête impose de documenter les risques liés au style de management — même si c'est inconfortable.
Les situations de travail isolé. Livreurs, techniciens itinérants, agents de nettoyage travaillant en dehors des horaires — l'isolement est un facteur de risque psychosocial à part entière, qui doit figurer dans le DUERP de l'unité concernée.
Questions fréquentes
Les RPS doivent-ils figurer dans toutes les unités de travail ? Oui, pour chaque unité de travail, vous devez a minima évaluer si des facteurs de RPS sont présents. La conclusion peut être « risque faible — aucune action spécifique » si c'est sincèrement le cas. Ce qui n'est pas acceptable, c'est l'absence totale d'évaluation.
Faut-il interroger les salariés pour évaluer les RPS ? Ce n'est pas une obligation légale stricte pour les petites structures. Mais c'est fortement recommandé — les salariés sont les mieux placés pour identifier les situations de tension, de surcharge ou de conflit. Un simple questionnaire anonyme ou des entretiens individuels suffisent pour une PME.
Les RPS doivent-ils être signés par le SPST ? Non. Mais la transmission de votre DUERP mis à jour à votre SPST est obligatoire à chaque révision. Le médecin du travail peut également vous accompagner dans l'évaluation des RPS — c'est une ressource souvent sous-utilisée.
Liens utiles
Sources réglementaires :
- Légifrance — Art. L. 4121-3 du Code du travail (modifié par la loi 2021)
- Loi n° 2021-1018 du 2 août 2021
Ressources pratiques :
- INRS — Dossier RPS : repères pour une démarche de prévention
- INRS — Brochure ED 6403 : outil RPS-DU (entreprises de 50 salariés et plus)
- Anact — Outils d'évaluation des RPS pour les PME
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Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. En cas de doute sur votre situation, consultez votre service de prévention et de santé au travail (SPST) ou un avocat spécialisé en droit du travail.

